mercredi 30 mai 2012

La rentabilité de l’innovation est-elle toujours nécessaire?

L'innovation doit nécessairement être rentable. L’innovation a un coût, et il est élevé. En 1996, les dépenses de recherche-développement (R-D) des entreprises ont dépassé les 300 milliards de dollars dans la zone OCDE. Les grandes entreprises manufacturières et de services comme Ford, Siemens, IBM et Microsoft y consacrent chaque année des milliards de dollars. Et pourtant, les dépenses de R-D ne représentent qu’une part du coût total de l’innovation. Dans l’industrie manufacturière, cette part est comprise entre le tiers et la moitié des dépenses d’innovation et dans les services, elle est même souvent inférieure au tiers. Pour rendre l’innovation opérationnelle, d’importants investissements supplémentaires sont nécessaires en matière de formation, d’équipement, de licences, de marketing et de réorganisation.
La question de la rentabilité revient systématiquement avec ces actifs immatériels. Tout investissement doit être rentabilisé et un projet innovant n'échappe pas à cette règle. Il se trouve ainsi en compétition avec l'ensemble des autres projets en portefeuille de la société: l'entreprise prendra sa décision compte tenu des ressources qu'elle peut affecter à son évolution en général, et dans ce cadre, au développement d'un tel projet en particulier.
Le calcul de rentabilité fait également appel à des « non coûts » concernant par exemple des événements critiques (risques) non survenus mais préalablement identifiés, des potentiels de croissance de productivité, de marges, d'innovation de changement et de rupture, générés notamment par une meilleure communication due à un partage des informations et connaissances produites par l'ensemble de l'encadrement. La quantification de ces éléments doit être réalisée, mais en tenant compte qu'elle peut s'avérer plus ou moins coûteuse.
Mais la rentabilité de l’innovation est avant tout fonction de ses objectifs et des besoins qu'il doit satisfaire. Le projet innovant doit être perçue par le client comme un apport nouveau et différent de celui des concurrents pour que le client puisse s’appuyer réellement sur cette innovation.
Si on prend par exemple le cas d’un système d’information basé sur une ancienne technologie qui répond partiellement aux besoins du client et si on lui propose un autre système basé sur une technologie nouvelle mais que le client ne s’aperçoive pas de la différence entre les deux le projet innovant n’aura aucun apport.
Certes, on peut se passer de la rentabilité économique à un certain moment. Elle peut être non perçue à première vue et on se trouve avec un projet de plus qui n’a pas vraiment d’intérêt immédiat mais qui s’avère très utile dans un futur proche. La condition de la rentabilité n'apparaît plus nécessaire. C’était le cas du brevet de l’interface graphique pour les ordinateurs personnels procuré par Apple à travers IBM qui ne voyait pas son utilité à cette époque.
Par le passé, les plus grandes entreprises étaient suffisamment fortes pour se protéger du changement et retarder l’innovation afin de profiter durant de nombreuses années des lignes de produits qui avaient fait leur fortune. Mais dans le contexte actuel de concurrence internationale, aucune entreprise, petite ou grande, ne peut survivre sans innover. Dans tous les secteurs de l’économie, l’innovation est indispensable pour permettre aux entreprises de croître et leur éviter d’être prises de vitesse sur le marché. Elle aide les producteurs à répondre à la demande diversifiée et en rapide évolution des consommateurs, et elle permet d’apporter des améliorations dans les domaines de la santé, des communications et de la qualité de vie en général sans apporter autant un gain économique pour la société.
De plus, l'évaluation de cette rentabilité est loin d'être évidente. Le calcul de la rentabilité de l’innovation fait appel à des éléments tangibles (La recherche d’information, achat de brevets ou de licences, la veille concurrentielle etc...), intangibles (gains induits par un partage efficient de l'information, réputation et marque, influence, etc...), connus (éléments préexistants au projet, …).
La rentabilité d'un projet innovant ne peut véritablement s'évaluer qu'à travers les objectifs qui lui sont assignés et se trouve donc fonction des besoins à satisfaire. Quelle que soit la portée et la nature de ce dernier, son évaluation économique doit être réalisée, aussi bien pour étayer préalablement les choix d'investissement initiaux que pour permettre d'en piloter la réalisation et le fonctionnement en toute transparence et connaissance.

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